De la Strata Romea à la Via Francigena

Les châteaux de Blonay, d’Oron, d’Attalens et de Bossonnens ont été édifiés sous le patronage de l’Abbaye de St-Maurice sur une voie de communication qui se déployait entre l’Italie et le nord de l’Europe.

Les romains avaient aménagé ce passage, sans doute sur des pistes plus anciennes, pour se déplacer entre Rome et leurs garnisons du nord de l’Europe. La voie romaine reliait entre autre Augusta Praetoria, Aoste en Italie, et Augusta Raurica près de Bâle, en passant par Aventicum, Avenches, capitale des Helvètes. La source la plus importante qui signale cette route est la Table de Peutinger, une carte réalisée au XIIIème siècle selon un document plus ancien datant de l’empereur Auguste.

L’itinéraire trace une route venant de Octoduro (Martigny), passant par Pennelucos (Villeneuve), Vivisco (Vevey), Uromagus (Oron), Minodum (Moudon), Aventicum et continuant vers Salodurum (Soleure). M. Jean-Pierre Dewarrat, archéologue du territoire, a identifié plusieurs tronçons de voies de communication anciennes qu’il rattache à cette fameuse voie romaine.

A l’époque de la construction des châteaux évoqués plus haut les romains étaient partis depuis longtemps. Mais, même négligée, la route qu’ils avaient aménagée a continué à permettre le transit nord-sud. L’échange de produits et de marchandises entre peuples éloignés a perduré. Mais d’autres voyageurs, d’un autre genre, se sont aussi déplacés sur cet itinéraire.

En 1155, un moine islandais, Nikulas Bergsson, abbé du monastère de Munkathvera, décrit dans un livre son pèlerinage vers Rome et Jérusalem. Parti d’Islande, il a rejoint la Norvège en bateau, est descendu vers le Danemark, et a traversé l’Europe en passant notamment par Bâle, Avenches, Vevey et le col du Grand-St-Bernard. Il signale en particulier que Vevey est un point de jonction pour des pèlerins venus de divers pays. C’est là en effet que la route qu’il a suivie rejoint un autre itinéraire ancien, celui décrit en l’an 990 par Sigeric, archevêque de Canterbury et connu aujourd’hui sous le nom de Via Francigena.

Carte Via Francigena
Parcours de la Via Francigena et de son arborescence principale. On distingue bien la jonction à Vevey de l’itinéraire de Sigeric de Canterbury et de celui de Nikulas de Munkathvera.

Les pèlerinages vers Rome et Jérusalem, pratiqués dès le 2ème siècle après J.-C.  ont donc façonné divers itinéraires dont le plus célèbre passe par Vevey où il est rejoint par celui venu d’Allemagne et de Scandinavie en passant entre Granges et Bossonnens. Deux autres routes, plus périlleuses passaient par le col du Lukmanier et le col du Brenner. Plus tard la construction du Pont du Diable dans les gorges de Schöllenen ouvrira la route du St-Gothard où se développera encore la traversée des Alpes.

On ajoutera que l’abbé Nikulas, cheminant le long de la Broye et de la Biorde a peut-être fait étape à l’Abbaye de Haut-Crêt, dont les premières constructions ont été aménagées entre 1134 et 1143 aux Tavernes, près de Palézieux, et qu’il a peut-être aperçu les débuts de la construction (vers 1150) d’une grande tour carrée sur un éperon rocheux à Bossonnens, en face du Mont Pèlerin… Beaucoup plus au sud, à Bari (I), il a vu le chantier de la cathédrale qu’on édifiait (1089 et 1197) pour abriter les reliques de St-Nicolas de Myre, son saint patron.

Le parcours proposé aujourd’hui par l’Association internationale Via Francigena relie Oron-la-Ville à Vevey en empruntant tantôt les sentiers pédestres, tantôt les itinéraires de cyclo-tourisme. Il passe par Granges en cheminant sur une partie de la boucle du Tour du Mont Pélerin (N° 478), en surplombant le tracé romain qui longeait la Biorde, de Palézieux à Attalens, entre Granges et Bossonnens.