3. L’époque féodale

La famille de Blonay

Les Blonay intervinrent dans la destinée de la région d’abord en tant que vidames de l’Abbaye de Saint-Maurice. En 1068, les chanoines remirent, d’abord en jouissance viagère, puis en pleine propriété, à Eldegarde, épouse d’Othon de Blonay et à leur fils Vaucher, la paroisse d’Attalens et les localités de son territoire.

La construction des châteaux d’Attalens et de Bossonnens date probablement de la période des Blonay qui devait durer près de cent cinquante ans.

En 1134, Amédée de Blonay, successeur de Vaucher, remet aux Cisterciens de Cherlieu, en tant que seigneur de Bossonnens, la grange et le domaine de Sâles en dotation de l’Abbaye d’Haut-Crêt, qui joua un rôle important dans la région et dont le nom a subsisté dans celui d’un hameau, en contrebas de la route allant de Vers-chez-Serex aux Tavernes.

Les seigneurs de Blonay, les Oron puis les La Sarra témoigneront constamment de leur attachement à l’Abbaye d’Haut-Crêt et plusieurs d’entre eux y auront leur sépulture.

Pierre de Blonay fut le dernier du nom à exercer ses droits sur le territoire reçu de Saint-Maurice. Les Oron, famille apparentée, héritèrent de ses biens peu après 1200.

La riche période des Oron

C’est Rodolphe d’Oron qui, le premier, assumera la poursuite de la construction du châteaux de Bossonnens et de ses dépendances. En 1221, il cède, au chanoines du Grand-Saint-Bernard, le terrain qui leur est nécessaire à l’érection d’une chapelle, dédiée à Saint Claude, à l’endroit qui, aujourd’hui encore, porte ce nom.

Amédée, successeur de Rodolphe, laissera le souvenir d’un seigneur influent. En 1295, le comte de Savoie rembourse en ses mains les dettes contractées par son frère Thomas. Le même Amédée prêtera de l’argent à plusieurs seigneurs du Pays de Vaud ainsi qu’à l’Abbaye de Bonmont et à la Maigrauge, à Fribourg. En 1296, il acquiert les terres de la Siva et le village de Remaufens et La Rougève en 1300. Il construit “sa ville”, entre le château et la tour ronde. Par son testament du 21 décembre 1306, il lègue la seigneurie de Bossonnens, avec Granges et Cuassières à son fils Wuillerme et il intronise son autre fils Rodolphe en tant que premier seigneur de la branche des Oron au château d’Attalens.

Aymon, fils de Wuillerme sera désigné en tant que bailli de Vaud pour une période qui devait prendre fin en 1359. A ce titre, il fut chargé de percevoir les redevances destinées au financement de la participation du comte de Savoie à la croisade contre les Turcs en Bulgarie. En 1374, la seigneurie d’Attalens, qui a été vendue aux comtes de Savoie à la suite de l’extinction de la famille régnante, est remise en fief à Aymon de Bossonnens. Il la léguera, à sa fille Catherine par son testament du 12 décembre de l’année suivante déjà.

Marguerite, la fille aînée d’Aymon, devait être la dernière représentante des Oron à Bossonnens. Elle épouse, en première noce, François de La Sarra, coseigneur de Vevey puis, après son veuvage, Louis de Cossonay. Veuve une deuxième fois, elle unit son destin à François de Challant, gentilhomme valdôtain, châtelain de Châtel-Saint-Denis pour le compte de la Maison de Savoie et seigneur de Bossonnens du chef de sa femme.

La famille de La Sarra

Par son testament du 24 avril 1410, Dame Marguerite institue les deux fils de son premier mariage, Nicod et Aymon, héritiers de la seigneurie de Bossonnens. Anselme, son petit-fils, leur succède. Puis ce seront Claude et Nicod, fils du précédent, qui dirigeront ensemble les seigneuries de La Sarra, Sarzens et Bossonnens.

Lors du partage des biens entre les deux frères, Nicod, qui a épousé Péronnette, fille du comte de Gruyères, reçoit La Sarra et Sarzens et c’est Claude et sa femme, Mathée de Blonay, qui garderont Bossonnens. Le 18 avril 1455, les habitants de Bossonnens leur achètent le four banal et le déplacent vers le nouveau village, construit en en contrebas des rochers. Sous leur règne, en 1475, les Fribourgeois et les Bernois, qui incendiaient les châteaux dits “savoyards”, s’en prennent, à tort, à Bossonnens, indépendant de la Maison de Savoie.

En 1513, Georges, fils de Claude, malade et sans descendance, vendra, peu de temps avant sa mort, ses biens à Charles, duc de Savoie, qui plaça Jean Philipon, de Moudon, au poste d’intendant de la seigneurie de Bossonnens, peu de temps avant l’arrivée de Fribourg.

Ainsi prenait fin la période féodale. Bossonnens allait perdre sa liberté de franc-alleu et l’autorité bon enfant de ses seigneurs et se fondre en des ensembles plus prestigieux, mais aussi plus sévèrement policés, Fribourg et la Confédération des Suisses.

4. Le choix de Fribourg