Le Rapport Flückiger


BOSSONNENS

RAPPORT SUR L’ANCIENNE VILLE MEDIÉVALE
ET
PROPOSITIONS DE RESTAURATION DES VESTIGES

RÉDIGÉS PAR ROLAND FLÜCKIGER
Architecte et Historien de l’architecture, Berne

À la demande de M. Joseph Cottet
Conseiller national et ancien Conseiller d’État
agissant au nom d’un groupe d’intérêt de Bossonnens


1. BOSSONNENS ET L’HISTOIRE DE l’URBANISME EN SUISSE

L’existence d’une petite ville médiévale à Bossonnens ne fut révélée que tardivement aux historiens de l’urbanisme en Suisse. Ignorée des études fondamentales de Hektor Ammann de 19541 et de Paul Hofer de 19532, elle fut mentionnée pour la première fois en 1981 par celui-ci dans sa contribution à l’Histoire du canton de Fribourg, sur les villes médiévales de cette région3. Paul Hofer situait alors Bossonnens dans la catégorie des « Fondation(s) d’origine incertaine ou resté(es) inachevé(es) » (cartes p. 223 et 228). L’étude récente d’Ivan Andrey (1985) permet de mieux saisir la place du bourg de Bossonnens dans l’histoire des villes suisses4.
On y trouve confirmée l’hypothèse de Paul Hofer selon laquelle ce bourg n’a pu se développer durant ses deux siècles d’existence, demeurant un site d’importance purement locale, tout comme de nombreuses fondations urbaines médiévales de la Suisse romande, notamment en Basse-Gruyère.

2. DESCRIPTION DU SITE ET DE SES VESTIGES

Le secteur de l’ancien château frappe d’abord par ses dimensions considérables. Des vestiges de murs situent l’emplacement de quelques édifices et le bord d’un ancien puits est repérable à même le sol. Quant au rempart extérieur, il subsiste à plusieurs endroits. Du côté nord l’arête de la terrasse du château est en partie nivelée. Une végétation plus ou moins dense recouvre l’ensemble du secteur.

L’étendue de la ville médiévale est nettement visible sur le terrain. A l’ouest et au nord (du côté du château), des fragments du rempart existent encore à faible hauteur. A l’intérieur, des vestiges de murs et des affaissements de terrain (indice de caves !) montrent bien le soubassement et les dimensions de quelques maisons. Là encore les arbres ont envahi le site; on observera cependant que plusieurs d’entre eux empêchent l’effondrement de certains murs.

Située au point le plus haut, la tour ronde est conservée principalement vers le sud. Le parement extérieur du mur y est à peu près intact, alors même que le parement intérieur est presque entièrement détruit. Du côté nord le mûr s’est effondré jusque très bas.

3. MESURES DE CONSERVATION

Au vu de l’état des lieux il me semble urgent de prévoir des mesures de conservation et de consolidation des vestiges du château et du bourg. Les murs actuellement visibles sont très impressionnants et il parait souhaitable d’aménager le site en une promenade archéologique. Cela devrait être possible avec un investissement raisonnable. Une fois aménagé, le site serait pour toutes les personnes intéressées un témoin remarquable de la grande vague de fondations urbaines qui transforma la Suisse romande durant le bas moyen âge. De plus, cette remise en valeur serait le meilleur garant de la conservation des ruines. Et si un jour l’on organisait en Suisse romande un itinéraire de villes médiévales composé d’exemples représentatifs, le site réaménagé de Bossonnens y figurerait sans doute à titre de ville fondée au moment de la plus haute conjoncture en ce domaine, très tôt abandonnée mais dont les ruines témoignent fort bien du petit bourg disparu.

Les premiers travaux nécessaires à la réalisation du projet sont les suivants:

1. Le relevé du site.
Base de toutes les opérations ultérieures, le relevé cartographique du terrain pourrait être entrepris en collaboration avec l’institut pour la conservation des monuments historiques de l’École polytechnique Fédérale de Zurich ou avec une autre institution universitaire spécialisée en la matière, ou même avec un géomètre de la région. Ces relevés sont indispensables aux campagnes de fouilles et de documentation qui suivront.
A l’inverse, une fois les travaux de conservation et les fouilles terminées, les plans de base devront être mis à jour et corrigés.

2. Le nettoyage du terrain.
Il s’agit d’éliminer à certains endroits les arbres, les buissons et les herbes. Mais c’est là une tâche délicate qui doit être effectuée avec le plus grand soin, dans la mesure où les racines de quelques arbres contribuent eu maintien de plusieurs pans de murs et à la stabilité des sols.

3. La consolidation et la conservation des murs de la tour ronde et des restes du château.
Il s’agirait uniquement d’assurer la conservation des murs, sans prévoir aucune adjonction. Pour consolider les joints, il ne faudra utiliser que du mortier à la chaux. On pourrait à la rigueur envisager de couvrir le sommet des murs afin de mieux les protéger, mais le procédé devrait être testé par l’Institut pour la conservation des monuments historiques de l’École polytechnique fédérale de Zurich. Ces travaux pourraient être exécutés en même temps que les relevés et les opérations de nettoyage. Surveillés et dirigés par des personnes compétentes, ils seraient accomplis par des bénévoles de la région ou des étudiants d’une université ou d’une école polytechnique.

4. Les fouilles
Dans le secteur du bourg principalement il faudrait opérer plusieurs sondages de un ou deux mètres de large aux endroits qui paraissent les plus importants pour la connaissance du plan de la ville médiévale. Les points principaux à déterminer sont la largeur exacte de la ville, des rues et des maisons, et le fait que celles-ci ont été construites ou non directement contre le rempart.
Dans le secteur du château également on devrait déterminer par quelques sondages les dimensions et le nombre des bâtiments qui s’y trouvaient, et peut-être même dégager leur soubassement pour en montrer le plan.
Toutes ces fouilles devraient être soigneusement préparées et dirigées par une personne compétente du Service archéologique ou d’un institut universitaire. Il est très important qu’un rapport de fouilles précis et une évaluation des résultats soient livrés. Pour toutes ces questions, le soussigné est prêt à fournir des explications plus détaillées.

5. La procédure.
Comme l’ont prévu les discussions engagées lors de la vision locale du 2 mai 1987, la procédure pourrait être la suivante:

a) création d’une association ou d’une fondation, qui aurait pour but de conserver et de mettre en valeur les ruines médiévales de Bossonnens. Cette association ou fondation réunirait des représentants de la région, du canton et quelques mécènes.

b) étude des questions de propriété du terrain.
Faut-il que l’association l’acquière ? ou bien les propriétaires actuels devraient-ils adhérer à l’association avec leur parcelle comme part ?

c) prise de contact avec les instances cantonales: les Monuments historiques pour la conservation et le Service archéologique pour les fouilles. Établissement d’un calendrier; possibilités de participation financière (subventions) et technique de la Confédération et de l’État.

d) Au moment des travaux de conservation, la priorité doit être accordée à la consolidation de la tour ronde, car elle ne cesse de se détériorer (voir le point 3).

  1. Hektor Ammann; Ueber das waadtländische Städtewesen im Mittelalter … : in : Schweiz. Zeitschrif für Geschichte, 1954
  2. Paul Hofer : Les Villes neuves du moyen-âge entre Genève et Constance. In : Hans Bosch, Paul Hofer : Villes suisses à vol d’oiseau, Berne 1963
  3. Paul Hofer : Les Villes au moyen âge; in: Histoire du canton de Fribourg, tome l. Fribourg, 1981
  4. Ivan Andrey : Le Château et le bourg de Bossonnens moyen-âge, Fribourg, 1985

 

Berne, le 9 mai 1987

Roland Flückiger
Dr. sc. techn.
Arch. dipl. EPF / ICOMOS

Traduction Ivan Andrey