Un nom et un blason

blason-Bossonnens Bossonnens
Palé d’azur et d’argent, au chef de gueules chargé de trois étoiles d’or.

Ces éléments déclinent une identité, permettent une reconnaissance.
Un nom pour désigner un village, une communauté.
Des armoiries pour afficher cette identité avec quelques éléments simples et la signaler visuellement.

Le nom de Bossonnens découlerait vraisemblablement du nom du possible fondateur de cette communauté.

La première mention connue date des environs de l’an 1000. Elle figure dans un document du Chapitre de Notre-Dame de Lausanne composé entre 1202 et 1242 qui cite lui-même des documents antérieurs. L’une de ces sources mentionne BUCENENS parmi les entités redevables de droits à Vevey et dans les environs.

Les analyses les plus récentes des linguistes estiment que ce nom de BUCENENS désignerait la communauté dirigée par un personnage dont le nom commençait par « B… » et qui aurait été un colon d’origine germanique. Les linguistes ont repéré un groupe d’environ 150 noms de lieux, vaudois et fribourgeois, composés d’un nom d’origine germanique et d’un suffixe  « -ens » (analogue au -ingen germanique). Les trois villages de Bossonnens, Attalens et Remaufens résulteraient donc vraisemblablement de l’installation de trois chefs alémanes dans la région, peu après la conquête d’Avenches en 259/60.

Bucenens, Bussenant, Bossenung, Bossenans, Bossonans, Bossonens, Bossonnens, ont ainsi désigné, au fil du temps et au gré de l’évolution phonétique et des variations orthographiques une communauté installée en Haute Broye, sur la limite nord du bassin du Rhin.

Les armoiries officielles que nous connaissons aujourd’hui sont d’origine plus récente, et leur histoire est mieux définie. Elles ont été attribuées au village de Bossonnens par les autorités de Fribourg, après leur conquête en 1536. Plus exactement, elles ont été confirmées, puisqu’elles étaient celles des derniers seigneurs « locaux », la famille de la Sarra. Ils avaient vendu le château au Duc de Savoie qui ne le conserva que 23 ans.

On trouve dans les textes anciens plusieurs variantes de ces armoiries. Certains héraldistes décrivent un « palé d’or et d’azur », soit des bandes jaunes et bleues pour la partie inférieure, alors qu’elles sont généralement désignées comme « palé d’azur et d’argent », pour bleu et blanc.

Un écusson représenté dans le vitrail central de la cathédrale de Berne montre une version avec des étoiles à 6 branches. La présence de ces armoiries résulte du mariage d’Adrien de Bubenberg, héros de la bataille de Morat, avec Jeanne de La Sarra, fille du Baron Guillaume de la Sarra et nièce de son frère Anselme, Seigneur de Bossonnens.

Une autre variante est visible à la Chapelle St-Antoine à La Sarraz. Un mausolée construit vraisemblablement par François II et Aymon III pour leur père François I est gardé par deux chevaliers de pierre (sans doute les deux frères). Ils portent sur le bas de leur tunique le fameux emblème familial, mais celui-ci compte sept bandes verticales sous le chef étoilé.

Enfin, autre variante, une description plus ancienne, ne parle pas d’étoiles, mais de molettes d’éperons d’or.

Ces variations peuvent s’expliquer par un manque de rigueur des artisans, ou parfois par des transformations souhaitées par les commanditaires.

Il faut enfin préciser que la commune de la Sarraz n’a pas conservé les armoiries de la famille qui porta son nom (sans « z »). Elle a eu le loisir de créer sa propre identité, un « S » sur fond rouge et jaune. D’autres communes toutefois ont conservé un souvenir de leur ancien suzerain dans leur drapeau. Orny affiche le palé d’azur et d’argent, deux étoiles sur le chef de gueules, mais un clocher est superposé à cet arrière-plan.

Vitrail de la cathédrale de Berne.
Vitrail de la cathédrale de Berne. Détail.
© Wikimedia

Les armoiries de la famille de La Sarra sur un linteau au château de la Sarraz.
Les armoiries de la famille de La Sarra sur un linteau au château de la Sarraz.
© Edith Nicoud

Armoirie sculptée. Chapelle St-Antoine, La Sarraz.
Détail de la tunique d’un chevalier du mausolée de François I de la Sarra. Chapelle St-Antoine, La Sarraz.
© Barb Irvin